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mardi 27 novembre 2012

Bonne Fête Maria!

C'est aujourd'hui l’anniversaire de la compositrice et chef d'orchestre de jazz Maria Schneider.

Désolé, l'entrevue n'est disponible qu'en anglais. Mais si vous pouvez comprendre la conversation, vous y ferez la connaissance d'une créatrice dont les propos sont tout simplement lumineux!


J'adore quand elle mentionne comment cette pianiste, que ses parents avaient invité à la maison, se mit à jouer alors que Maria avait 4 ans et subitement son monde passa du noir et blanc à la couleur, comme dans le Magicien d'Oz.....

Si vous lisez Jazz Frisson dans un agrégateur de nouvelles et voulez écouter tout le contenu musical que je propose, cliquez ici sur Jazz Frisson. Un billet de Jazz Frisson, votre blogue de jazz francophone.

lundi 20 juillet 2009

Montreal Jazz 2009 – Entrevue Rudresh Mahanthappa

Jazz Interview

Pour faire suite à mon billet au sujet du magnifique concert du Indo-Pak Coalition de Rudresh Mahanthappa au dernier Festival International de Jazz de Montréal, voici une entrevue très intéressante de Rudresh réalisée par Claude Thibault et Myreille Bédard, en deux parties. L'entrevue est en anglais.


Les vidéos sont une gracieuseté de sortiesjazznights.com où vous trouverez plusieurs autres entrevues de musiciens qui étaient présents au dernier Festival de Montréal.

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Un billet de Jazz Frisson, votre blogue de jazz francophone.

mercredi 21 février 2007

Et si on sortait, ce soir?

Interview - Jazzons Frissons

Cette semaine, j'ai le plaisir de vous présenter Claude Thibault, fondateur du site web SortiesJazzNights.com :

1— Le site Sorties Jazz Nights (SJN) a été créé en 2003 pour offrir aux amateurs et aux professionnels, de l'information sur l'actualité jazz au Québec.  Claude, d'où est venue cette idée?

Je cherchais des informations sur la scène du jazz au Québec et ça n'existait pas.  J'étais dans la chorale jazz de l'Université de Montréal et nous partagions une liste de courriels des membres et mon travail dans une agence de marketing de Montréal m'amenait à envoyer un bulletin HTML mensuel à nos clients. Je me suis donc dit pourquoi pas faire la même chose avec le jazz?

2— Quel est le plus grand défi de tenir un tel site?

Être réellement au courant de tout ce qui se passe comme spectacles de jazz et se faire connaître avec les ressources limitées que nous possédons.

3— Claude, parle-nous un peu de la nouvelle émission de radio de SJN « Si on jazzait? » avec Carole Jill?

Chaque mois, Carole va nous présenter un/une artiste de jazz sous sa loupe.
En fait, c'est une initiative de Carole Jill que je trouvais intéressante, car ça crée du contenu par une passionnée du jazz et ça intéresse les lecteurs de SJN. Chaque mois, Carole va nous présenter un/une artiste de jazz sous sa loupe.

4— TV Jazz propose d'excellentes entrevues avec des artistes de calibre international.  As-tu quelques anecdotes intéressantes à ce sujet?

Dans le cas du pianiste cubain Gonzalo Rubalcaba les gens du Festival International de Jazz de Montréal (FIJM) m'ont donné les coordonnées de son gérant qui est à Los Angeles. Quand j'ai téléphoné à leurs "bureaux " une dame m'a répondu dans un style très décontracté à l'américaine "Oh, hi Claude! I was just in the garden planting my flowers, It was really nice to have met you in Montreal last year. My husband and I thought you were a very nice young man and we will make arrangements for you to meet Gonzalo" En fait, sans le savoir, à un concert de Gonzalo au Spectrum il y quelques années, j'étais assis à la même table que cette dame et son mari, l'agent de Gonzala Rubalcaba, M. Ken Blaydow, et nous avions pris une bière et discuté, sans me douter qui c'était. Wow. Le monde est petit!

5— Je note, Claude, que tu es vocaliste et guitariste.  Comment se vit cette passion au quotidien?

Malheureusement très peu, car SJN me tient trop occupé.  Mais je connais beaucoup de standards et autres que j'aime bien jouer occasionnellement seul ou avec des amis (es) musiciens. Mais ils sont tellement bons que j'aime mieux les écouter!

6— En dehors de la musique et de SJN, reste-t-il du temps pour d'autres champs d'intérêt?

Vélo, roller blade, camping, canot, kayak, raquette, cinéma et amis!

7— SJN vise aussi l'organisation de spectacles avec la présentation du Marcus Monteiro Quartet le samedi 26 mai à l'Espace Dell Arte à Montréal.  Une nouvelle avenue pour SJN?

...ce groupe...m'a tellement impressionné lors de son passage au Quai des brumes l'automne passé que j'ai eu l'idée de le produire moi-même à l'Espace Dell'Arte.
En fait ce groupe que m'a fait découvrir Philippe Cyr de CHYZ 94,3 FM — Jazz mon char de Québec m'a tellement impressionné lors de son passage au Quai des brumes l'automne passé que j'ai eu l'idée de le produire moi-même à l'Espace Dell'Arte. Pour les amateurs du genre fusion jazz c'est un must ! On verra pour la suite, car je connais bien l'industrie du spectacle et les salles ne sont pas toujours combles à Montréal.

8— Parlant de concerts, quels seraient les deux ou trois concerts les plus marquants de ta vie d'amateur de jazz?

Le Jean-Pierre Zanella Quartet avec Jean-Pierre Zanella, James Gelfand, Michel Donato et Paul Brochu à Arts Station de St-Hilaire il y a quelques années.  Le Joe Sullivan Big Band partout ou il joue. Le groupe UZEB au Festival d'été de Québec il y a longtemps.  Quelle question difficile!

9— Quels sont les projets à venir pour SJN?

Faire évoluer SJN de façon à intégrer et mieux gérer les contenus au grand plaisir des amateurs et du milieu du jazz!

10— Si tu regardes dans ta boule de cristal, qu'est-ce que l'amateur avisé devra surveiller au Québec en ce qui concerne le jazz en 2007?

Tellement de choses! Par où commencer? Il y a évidemment beaucoup de festivals de jazz comme L'OFF Festival de Jazz de Montréal et le Festival International de Jazz de Montréal (FIJM) qui auront une programmation imposante, ça va de soi. Mais la scène locale avec le Upstairs, La Kémia et l'étiquette Effendi Records prennent une place importante qui mérite une écoute. Comme le marché du jazz est très fragmenté, je pense que les artistes, lieux, producteurs, festivals et autres intéressés doivent se tourner vers de nouveaux moyens de diffusions grâce à l'Internet et autres.

Évidemment, parmi ces nouveaux moyens de diffusion, on retrouve le blogue que vous lisez présentement... et le site de Sorties Jazz Nights, vers lequel vous trouverez dorénavant un lien sous la rubrique Ailleurs dans ma Blogoliste. Bonnes sorties!

dimanche 4 février 2007

Entrevue avec le Ptilou

Lien vers le site web Ptilou's Blog

Interview - Jazzons Frissons

Aujourd'hui, ma deuxième entrevue de blogueur, suite à celle avec Mwanji. Je vous présente donc Ptilou, de Paris, qui blogue sur notre sujet préféré.

1- Qu’est-ce qui te pousse à tenir un blogue régulièrement? Quelle est ta motivation?

Avant la "blogalisation" générale, je rédigeais souvent pour mes amis via mail, des pti cpte rendus de concerts...
Avant la "blogalisation" générale, je rédigeais souvent pour mes amis via mail, des pti cpte rendus de concerts (Rock, jazz, théâtre, cinuche... ) . Donc, le blog répond à un plaisir d'écrire, plaisir de partager, plaisir de stimuler des proches à aller découvrir des talents. Il m'a permis d'élargir un peu mon cercle de lecteurs et de diffuser des rebonds vers des choses ou des artistes que j'apprécie. Et de faire un peu de mise en page avec des photos ; et de coller des liens pour rebondir encore. Indéniablement, une grande partie de ma motivation est le partage de mes passions musicales ou artistiques.

2- Parmi tous les concerts auxquels tu as assisté, quel est celui qui t’as littéralement renversé?

J'ai du mal à en choisir UN seul ! :
- Le Floyd à la fête de l'huma en plein air en 70-71 (période UmmaGumma) : une musique nouvelle le nez dans les étoiles,
- Miles malade au Châtelet en 80-81 soutenu par les pti jeunes qu'il mettait en avant (M Stern, B Evans, M Miller...), et qui lui redonnait une nouvelle jeunesse. Poignant !
- Zawinul en grande forme dans la cour de l'Hôtel d'Albret par un beau soir d'été parisien,
- et les shows en continue de 2 heures ininterrompus de Zappa dans les années 80... avec la crème des musiciens.

3- Les photos de concerts sur le Ptilou’s blog sont magnifiques! Les organisateurs sont parfois très pointilleux au sujet de la prise de photos par des « non-journalistes ». Quel est ton secret?

Les photos de concerts sur mon blogs ne sont pas que de moi. Emma (ma femme) en fait également et est actuellement mieux équipée que moi en numérique (capteur, focale). On se partage les angles selon le placement en salle.

Ce n'est pas toujours évident. S'approcher, venir en avance, ne pas gêner le musicien (en club), sourire, trouver le bon moment, contourner les contraintes techniques et les difficultés de lumières. Parfois c'est la guerre (souvenir musclé de concerts de Fripp ou de Zappa...). Par ailleurs, j'aime bien les petites salles. Du coup c'est un peu plus facile d'approcher pour ceux qui n'ont pas de badge de pro..

Voir les photos de Ptilou ici.

4- Les Esquisses Musicales du Ptilou sont vraiment pro. A quand un concert ou une compilation disponible sur iTunes?

Les esquisses musicales sont une des facettes de ma production de modeste musicien (amateur). Le blog permet de publier ces esquisses en solo de home studio et de s'obliger à finaliser et obtenir un niveau minimum de qualité...

Je souligne le mot "esquisse" car "composer", c'est tout autre chose. J'appartiens par ailleurs depuis le lycée (1969) à un groupe de rock épisodique qui répète régulièrement en studio mais se produit rarement (une fois tous les 2, 3 ans devant un public d'amis).

Ce qui me donne une expérience, du vécu de studio et des connaissances de musique et du matériel pour apprécier d'autant mieux dans le détail le travail des pro sur scène ou les productions sur CD. Pour mes cinquante ans, ma femme et mes amis m'ont offert par surprise... une Telecaster ! Trop de chance le Ptilou !

5- En dehors de la musique et du blogue, quelles sont tes passions?

Disons que je suis parisien et que l'activité culturelle de Paris donne du grain à moudre...
Cela occupe déjà pas mal de temps... sinon la photographie et une activité bénévole dans le team du forum MacMusic comme modérateur et traducteur. Disons que je suis parisien et que l'activité culturelle de Paris donne du grain à moudre et de quoi s'occuper quand on est curieux (théâtre, expo, ciné, concerts, vie des rues...)

6- A part le bœuf bourguignon, quel est le plat que tu réussi le mieux en cuisine?

Je cuisine tous les jours avec bonheur... C'est ma grande activité "manuelle". Je cuisine un peu au feeling sans jamais suivre intégralement des recettes. D'abord acheter des bons produits et ensuite tenter des choses, même sur les préparations simples de tous les jours. Et souvent très vite fait : par exemple les oeufs cocottes aux escargots, ou cuire n'importe quelle viande (porc, volaille...) avec un choux vert ! ou la semaine dernière poêler des couteaux avec échalotes et persils... avec un pti Rully blanc... hum !

7- Quel est l’album que tu apporterais sur une île déserte?

"Red" de King Crimson ou "Parsifal" de Wagner ou le coffret d'Art Pepper au Vanguard (avec E Jones, Mraz, G Cable)... par exemple...

8- Le Ptilou’s Blog est en activité depuis maintenant 2 ans. Quels changements majeurs as-tu constaté pendant ce temps dans la blogosphère musicale?

Les blogs deviennent une source d'infos pertinentes. y compris avec des extraits mp3 pour faire des découvertes, au delà la soupe et des compiles vendues par les chef de produits.
Au fil du temps, émerge de la haute qualité chez ceux qui se piquent au jeu ; notamment dans les blogs musique ou de cpte rendu de concerts. Je suis un modeste rédacteur qui transmet un peu de feeling et de passion. Mais je suis baba devant certains blog extrêmement rédigés, argumentés et documentés : Samidzjazz par exemple dont le contenu a hélas disparus du net... !

Les blogs deviennent une source d'infos pertinentes. y compris avec des extraits mp3 pour faire des découvertes, au delà la soupe et des compiles vendues par les chef de produits.

La mise en réseau des blogs par des liens d'accointance est très pratique pour s'informer des nouveautés et des concerts. Et puis les blogs représentent une sorte de contre pouvoir possible face aux chroniqueurs des journaux et revues qui parfois exagèrent un peu...

9- Qu’est-ce que le visiteur va retrouver sur le Ptilou’s Blog?

Ma "ligne éditoriale" s'est centrée progressivement sur la musique. Au début je pensais faire plus de cpte rendus ciné ou théâtre. Ou davantage publier des textes perso... Litre et ratures... C'est un blog de coup de coeurs et de passions exposés partialement... sans grande prétention... qui m'aime, me lit ! ;-)

Je vous invite à visiter le Ptilou's Blog, que vous retrouvez maintenant dans ma blogoliste sous l'entête Ailleurs pour tout savoir de l'activité jazzistique à Paris!

dimanche 21 janvier 2007

Le retour de Claude Marc Bourget au piano solo

Jazz Video - Claude Marc Bourget au piano
Interview - Jazzons Frissons

Claude-Marc BourgetSuite aux commentaires positifs de ma toute première entrevue avec Mwanji Ezana de be.jazz, je poursuis avec ma première interview de 2007. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de vous présenter un pianiste originaire de Montréal, ma ville natale. Claude Marc Bourget s'est d'abord fait connaître en 1982 avec son passage au Musak Noise Sound Festival (Galerie Véhicule Art Montréal) avec un concert pour piano solo improvisé et bande magnétique intitulé Tension résonante / prolongation.


Ce que j’affectionne tout d’abord dans l’improvisation au piano seul, c’est la pureté du geste, loin des machines à composer et à décomposer, des effets faciles et vendus par leurs noms, parfois en solde, dans les épiceries à musique.

L'année 2006 a marqué le retour à la musique de Claude Marc Bourget. J'en ai donc profité pour réaliser cette entrevue.

Claude Marc Bourget, Blue and White Rabbit1- Claude Marc, je note en lisant ta bio, que l’année 1983 fut très fertile pour toi, avec la création d’Edro Erdrosed, Concert d’Improvisation Contemporaine & dispositif magnétophonique, ton entrée à l’Ensemble de Musique Improvisée de Montréal (l’E.M.I.M.), un concert solo en salle (Piano Plus) au Festival de Jazz de Montréal et une tournée en France avec l’E.M.I.M. Puis, une soudaine absence de la scène musicale jusqu’à l’année dernière. Qu’est-ce qui explique une si longue absence, considérant ce début si prometteur? Et qu’est-ce qui motive ton retour à la scène musicale après 20 ans d’arrêt?

Je dirais que cette explosion même fut en un sens la raison de cette rupture, ou du moins son explication. Par rapport aux années de rêve ou d’espoir qui préparent le musicien à la scène, car la musique tend naturellement à l’auditoire et n’est pour soi seul, en somme, qu’une écriture sans voix, cette flambée de 1983 m’avait à la fois comblé et déçu. J’étais comblé du fait que s’exprimait et était soudain écouté ce qui depuis des années avait besoin de l’être, qui d’ailleurs n’était pas toujours de la musique (un certain sport des sons, dirais-je), mais qui parfois en fut : une musique du temps, dans un temps qui était au fracas, à la quête du danger sonore, à une expérimentation totale dont nos devanciers d’après-guerre avaient donné l’exemple et le feu de départ, aussi bien en musique contemporaine qu’en free jazz. Mais, arrivé au port, après le voyage, je fus déçu. Rien ne m’y attendait. Le but avait été le voyage comme tel et ses grandes vagues, pas plus. La destination était vide, comme une paralysie dans l’éther par l’attraction de l’ivresse. Il me fallait réfléchir, repartir de l’origine, reprendre tout le chemin. Je le fis par la littérature, la philosophie, un peu à l’abri de la musique, quoique faisant mes gammes, si l’on veut, comme à vide. Vingt ans de livres et d’écoute. Je suis maintenant prêt à continuer. Vingt années ne sont rien devant les millénaires, l’éternité de la musique.

2- L’improvisation en piano solo est sans doute l’une des disciplines les plus exigeantes qui soit. Tu sembles avoir une inspiration inépuisable! Quelles sont tes sources d’inspirations?

Ce que j’affectionne tout d’abord dans l’improvisation au piano seul, c’est la pureté du geste, loin des machines à composer et à décomposer, des effets faciles et vendus par leurs noms, parfois en solde, dans les épiceries à musique. L’art du piano, du récital, du solo, possède sa noble histoire, son aventure qui continue, toujours humaine, alimentée du legs des grands et des petits artistes et comme au-dessus de l’abrutissement électronique. Je n’y vois d’équivalent, de nos jours, que la boxe. Le pur moment du face à face réel et sans filet, devant nos frères humains, concentrés, affamés de choses humaines et parfois divines, si j’ose dire. Mes sources d’inspiration, en ce sens, sont mes prédécesseurs dans l’art du piano, jazz et classique, mais non moins la musique en entier, pour peu qu’on puisse la circonscrire, elle que je tente de faire entrer en synthèse dans mon petit coin du monde.

3- Tu es autodidacte. Quels musiciens furent essentiels dans ton apprentissage, en tant que modèles?

...Billie Holiday, la reine absolue, la Callas du jazz, celle que nous apportons sur l’île déserte, en attendant la fin des temps...

Ils sont nombreux. Côté compositeurs, l’impressionniste Debussy, Stravinsky le pragmatique, le métaphysique Schoenberg pour le XXe siècle. Guillaume de Machaut pour le XIVe siècle, à la suite de Pérotin et de Léonin, à l’École de Paris ou de Notre-Dame, l’un des summums de la civilisation musicale. Sinon, pour le piano et l’orchestre, Beethoven, à l’orée du romantisme, malgré son obsession prométhéenne, sans oublier Bach le très grand maître et Mozart l’illuminé, surtout pour ses messes. Puis, en matière de jazz, Monk, Davis, Mingus, le Canadien Bley et le regretté Steve Lacy, les vieux sages de ce temps. Mais si je sépare ici le jazz du «classique», c’est par habitude et commodité, car la musique en tant que telle, ni par ses créateurs ni par ses auditoires, ne se divise si facilement. Entre le jazz, né vers les années 1910, et les Debussy, Stravinsky, Satie, Hindemith, qui dans le même temps donnaient une nouvelle Europe musicale, il y a davantage d’affinités que de dissemblances.

Côté interprètes, Horowitz, qui fit à Rachmaninov arrêter le piano et qui toujours m’étourdit, mais pour idéal personnel le sobre et fort William Kempf, dont je n’arriverai jamais à suivre l’indicible retenu, le maintien supérieur, le dosage esprit-matière, la musicalité chevaleresque et silencieuse, finalement, sans accentuation mielleuse ni maniérisme. Hors piano, Davis en jazz et Billie Holiday, la reine absolue, la Callas du jazz, celle que nous apportons sur l’île déserte, en attendant la fin des temps. Ajoutons Cecil Taylor le soliste, grand libérateur physique et charnel, mais après qui il faut revenir et panser les plaies vives de l’animalité, je veux dire de la primauté des instincts.

4- Ton site, www.claudemarcbourget.com, s’enrichit de nouvelles improvisations régulièrement. Quelle est ta méthode de travail pour maintenir ce rythme?

Le pari du site, pas toujours tenu mais que je souhaite gagner, c’est de présenter au jour le jour, c’est-à-dire selon son rythme vrai, l’évolution de mon travail, un peu comme si l’on me suivait en concert, dans une tournée d’improvisations que j’espère d’ailleurs réaliser, si on m’en donne la chance. L’improvisation, ce sont finalement des variations de thèmes ou de chants, d’harmonies, de dessins ou de motifs, de styles et même de techniques et doigtés, qui mises ensemble nous servent de route où, par la correction, l’amendement, la curiosité et l’attention physique et intellectuelle, nous nous transformons nous-mêmes à chaque étape et tournant. La méthode est donc liée à l’idée même de variations, et c’est de celles-ci, de par leur nature, que naît l’impression d’abondance.

5- Quel est le souvenir le plus mémorable de ta carrière de musicien?

Je me souviens d’avoir d’abord refusé, à quelques heures du concert, de jouer sur un vieux Steinway qui n’avait plus pour lui que sa marque et que j’appelle dans mon jargon un tracteur...
J’allais dire mon arrêt et aujourd’hui, surtout, mon retour, car le moment dont tu parles, je crois qu’il reste à venir. Je retiens tout de même Erdro Erdrosed II, au Musée d’art contemporain de Montréal, où l’on m’a donné tous les moyens d’expérimenter certains chemins alors jamais empruntés de l’improvisation musicale, en ce que les instrumentistes, enregistrés live et à qui les magnétophones redonnait subséquemment leur musique, rejouaient sur scène avec eux-mêmes, selon bien sûr des schémas d’ordonnancement et des méthodes les protégeant contre toute espèce de fusion insensée et de capharnaüm sonore. J’ajouterais mon passage comme soliste au Festival de Jazz de Montréal, dont j’ai malheureusement perdu les bandes. Je me souviens d’avoir d’abord refusé, à quelques heures du concert, de jouer sur un vieux Steinway qui n’avait plus pour lui que sa marque et que j’appelle dans mon jargon un tracteur, et je revois André Ménard, compréhensif et efficace devant le jeune homme de 26 ans que j’étais, le troquer d’urgence contre le Yamaha tout neuf du Spectrum. Il m’a donné ce soir là l’occasion, m’avait-on dit alors, de ma meilleure prestation. C’est sans doute un signe et une très bonne chose que d’en avoir perdu trace. Le souvenir est souvent plus fort que l’enregistrement, et même plus juste et authentique, en un sens, car il n’y a pas de microphone, de piste, d’appareil pour retenir les anges.

6- Ta musique est disponible présentement sur BlueTracks.ca, le magasin en ligne de musique indépendante. Est-ce qu’il y des projets d’album ou de concert prévus pour 2007?

Je connais pour l’instant mon purgatoire, que j’assume très bien, notamment à l’aide de mon site, mais j’ai quelques nouvelles du ciel...
Je commence à peine avec BlueTracks.ca, qui est une merveille, entre autres pour le musicien solitaire qui cherche son public, ainsi que des alliés musicaux et d’affaires, ce que je suis et fais en fin de compte pour m’être retiré du milieu. Je connais pour l’instant mon purgatoire, que j’assume très bien, notamment à l’aide de mon site, mais j’ai quelques nouvelles du ciel, ou disons du ciel européen. À cinquante ans, entre deux âges, nos projets et nos œuvres sont des projets et des œuvres de la maturité, les premiers aboutissements de nous-mêmes. La chose doit se refléter dans nos collaborations. Je mets la barre haute dans mes exigences, mais ça commence à porter fruit. J’avais calculé une année de prospection et de «publicité» pour mon retour. J’en suis à 6 mois et ça ressemble au plan. J’aurai bientôt de fort bonnes nouvelles du côté album solo, ce que j’aimerais d’abord entreprendre. Ensuite seulement viendront les concerts, sauf exceptions. Mais pendant tout ce temps, j’alimenterai mon site et BlueTrack.ca. D’autre part, je parle d’improvisations, mais je compose également. Sur la table un concerto pour piano, où le pianiste devra improviser sur une musique écrite à l’orchestre, puis une messe en l’honneur de Notre-Dame et un opéra dont j’écris le livret à partir de mes notes pour un roman sur un héros de notre histoire, mai aussi une figure universelle, Le Moyne d’Iberville. Je ne chôme pas.

7- En dehors de la musique, quelles sont tes plus grandes passions?

La littérature, bien entendu, l’histoire et la politique. Mais je me repose de tout cela, et la musique est mon refuge, mon choix. Je ne suis jamais plus heureux qu’y travaillant, sinon auprès des miens et de mes amis chers. Je me dois d’ajouter le design graphique, qui me permet en outre de gagner ma vie sans autre concession.

8- Quelles est ton équipe de hockey préférée? (ou un autre sport, selon le cas…)?

Né à Montréal, je suivais le Canadien par-dessus mon biberon. Je le suis encore, pour le meilleur et pour le pire, surtout depuis la nouvelle réglementation, qui a sans doute sauvé ce sport, sinon commercialement, du moins quant à l’éthique. La beauté du soccer, je parle du grand soccer, m’hypnotise. Sinon le tennis, qui est un peu la boxe des aristocrates. J’adore, au tennis, le silence et le calme du public, très proche de ce que l’on connaît au concert.

9- Toutes catégories confondues, quelle est la musique, ou les albums, que tu écoutes actuellement (à la maison ou sur ton iPod)?

Le jazz, plus près du verbe, n’a pas raté sa perpétuation, et ses enfants sont magnifiques et pleins de santé.
Jamais d’iPod, question de ne pas tuer les oreilles, qui comme les hommes meurent par où elles ont péché. Mais j’écoute et réécoute Stravinsky, celui d’après le Sacre du printemps (1913), c’est-à-dire le Stravinsky des semences et de la continuité, celui dont le 20e siècle a raté l’héritage et auquel il faut revenir. Le Sacre consommait la rupture. On a commis l’erreur d’y voir un nouveau chemin, alors qu’il fermait les livres d’une époque, la menait à son comble dans une sorte de fureur cérébrale. La grande leçon stravinskienne, qui est une leçon positive, une école de création et de foi, non de nihilisme et de désespoir, vient après, avec tous les caractères de la continuité séminale, c’est-à-dire de la tradition sans cesse réinventée. C’est d’ailleurs ce que fais le jazz, qui toujours est resté vivant, à côté d’un classicisme stérilisé par son immobilisme et son fétichisme de l’écrit. Le jazz, plus près du verbe, n’a pas raté sa perpétuation, et ses enfants sont magnifiques et pleins de santé. Il mérite de grands égards. L’essentiel est de ne pas l’emprisonner à son tour. C’est ce que je cherche humblement à faire.

10- L’année 2007 risque d’être très fructueuse pour toi, avec tous les projets en cours. Quel est ton plus grand rêve à long terme, musicalement?

Celui de tout musicien, je crois. Celui de mener à terme mes projets, avec un public pour les recevoir, les comprendre et peut-être les aimer, celui d’aller au bout de l’exercice, de parfaire la musique et sa communication, c’est-à-dire de se perfectionner soi-même par cette espèce d’affrontement périlleux et bienfaisant qu’est la prestation, en concert ou en enregistrement, qui consiste à demander l’attention et donc d’en être digne.

Les compositions de Claude Marc sont empreintes d'une grande sérénité, signe d'une maturité assumée. Vous pouvez écouter plusieurs autres pièces sur son site web. Claude Marc Bourget sera l'invité de Denis Corriveau à l'émission Jazz sans Frontière de CFOU 89,1 FM Radio Campus de Trois-Rivières qui sera diffusée le dimanche 18 février 2007, de midi à 14h00.

ShoppingBlueTracks.ca - Claude Marc Bourget

mardi 26 décembre 2006

Interview avec Mwanji Ezana de be.jazz

Site web be.jazz

D'un frisson jazz à un autre

La blogosphère jazzistique est riche et variée. Depuis que j’écris Jazz Frisson, je parcours les meilleurs blogues de jazz de la planète afin de vous faire part de mes découvertes. Dans ce premier billet d’une nouvelle série, j’ai le plaisir de vous présenter un ami blogueur de Belgique, Mwanji Ezana.

Mwanji est l’auteur du blogue be.jazz, dédié entièrement au jazz. Très fouillé, on y retrouve des articles détaillés sur les spectacles auxquels il assiste en Belgique ou ailleurs en Europe. Mwanji propose également une excellente revue de l’actualité jazz en général.

J’ai réalisé l’entrevue suivante avec Mwanji juste avant Noël:

1- Comment se définirait Mwanji Ezana?

Simple fan de musique qui aime bien écrire à ce sujet.

2- Est-ce seulement une impression ou Mwanji est-il de tous les concerts de jazz vraiment branchés de Belgique?

C'est une impression! :) Il y a des périodes où je sors beaucoup, et d'autres où je sors beaucoup moins. Et je manque parfois des immanquables, du genre Sonny Rollins ou, encore récemment, Herbie Hancock en quintet et Chick Corea en solo, parce que je trouve le billet trop cher. Argument un peu dérisoire, au vu des monstres sacrés qu'ils sont. Enfin, je fréquente peu les festivals, où il se passe quand même pas mal de choses.

3- Quel est le concert de jazz qui t'a le plus marqué?

Le Mal Waldron Quartet au Café Central. Ils ont joué trois soirs de suite. Au premier set du deuxième soir, j'ai eu l'impression de léviter pendant 40 minutes. Extraordinaire!

4- Mwanji joue-t-il d'un instrument? Si oui, lequel?

Comme beaucoup d'enfants, j'ai suivi des cours de piano et de solfège. Comme beaucoup d'ados, j'ai arrêté. Comme beaucoup d'adultes, je regrette. J'ai repris des cours il y a quelques années, mais je n'ai pas vraiment le temps nécessaire pour travailler.

5- Quelle est ta bière préférée?

Question importante! J'ai eu une période où je commençais à devenir amateur, mais ça doit faire un an que je ne bois quasiment plus de bière. Déjà, je n'en bois qu'aux concerts, car à la maison je suis plutôt vin et alcools forts (un Martini ou un mojito fait maison). Ensuite, comme je conduis presque systématiquement, je limitais ma consommation à une par set, et maintenant j'y ai renoncé tout à fait, me rabattant sur les ice tea. Au Sounds, ils sont particulièrement bons. Je buvais généralement des Hoegaarden, mais j'aime beaucoup la Maredsous et la Saint-Feuillien. La Jupiler est une blonde très bue ici, mais que j'abhorre, autant pour son goût que pour son positionnement marketing (slogan "les hommes savent pourquoi" + sponsorship football).

6- Combien de blogues consultes-tu régulièrement?

Beaucoup! Mon agrégateur RSS déborde! Je ne lis pas que des blogs jazz, évidemment, mais je trouve que la blogosphère jazz s'est énormément enrichie, ne serait-ce qu'en 2006, c'est fantastique. L'article de Nate Chinen là-dessus (note: du N.Y. Times) était vraiment un moment important à ce niveau.

7- Mwanji trouve-t-il le temps de dormir?

Tout juste assez. Et tant pis si j'arrive plus tard que les autres au boulot (mais pas trop tard, avant 9h00, quand même!): j'ai décidé qu'il ne fallait pas se laisser dicter sa vie par le travail.

8- En dehors du jazz, quelles sont tes passions?

Bonne question, car en-dehors de la musique (et l'écriture sur la musique), je n'ai plus assez de temps pour lire ou voir des films! Je ne sais pas si c'est vraiment une passion, mais j'aime bien prendre des photos pour be.jazz, même si mon appareil est pourri.

9- Quel est l'album de jazz qui t'a jeté par terre en 2006?

Si je ne dois n’en citer qu'un, ce sera Time Lines d'Andrew Hill. (note: voir le billet de Jazz Frisson au sujet de cet enregistrement.) Je trouve cet album aussi bon voire meilleur que ses meilleurs Blue Notes des années 60. Pour la Belgique, je dirais Somewhere In Between du Ben Sluijs Quartet.

10- Selon toi, quels sont le ou les artistes de jazz qui montent et qui sont à surveiller en 2007?

Alors là... Au niveau mondial, je ne sais pas trop. En Belgique, j'ai fondu pour le clarinettiste Joachim Badenhorst à la fin de l'été. Il a une sensibilité extraordinaire qui lui permet de mélanger mélodie et improvisation brute. Il publiera un premier album en 2007, avec son trio Red Rocket, mais c'est Rawfishboys un duo avec un bassiste qui m'a vraiment séduit - indisponible dans le commerce, mais présent sur MySpace.

Je tiens à remercier Mwanji de s’être prêté au jeu de l’entrevue. Son blogue be.jazz est publié en anglais. Vous trouverez dorénavent un lien vers be.jazz dans ma blogoliste sous la rubrique Elsewhere. Mwanji écrit également en français pour le magazine en ligne Citizen Jazz. C’est un site fort bien conçu que je consulte régulièrement. Vous trouverez le lien dans ma blogoliste sous la rubrique Ailleurs.